Portrait de jeune chercheuse : Lisa Laurence
Le carnet du RT50 rencontre Lisa Laurence, dont la thèse porte sur les processus de socialisation professionnelle au sein des formations en finance. Elle l’a soutenue en décembre 2024 à l’IRISSO, à l’université de Paris-Dauphine, sous la direction de Sabine Montagne et de Sabine Rozier.
Sa thèse est accessible pour les membres de l’enseignement supérieur français sur le site thèse.fr
Qu’est-ce qui t’a intéressée dans ce sujet ?
J’ai choisi ce sujet car, durant ma licence et mon master à l’Université Paris-Dauphine, j’ai très souvent été amenée à fréquenter de futur·es financier·es : plusieurs d’entre eux sont devenus au fil du temps mes ami·es et mes coéquipier·es au sein du sport universitaire. Je souhaitais alors comprendre pourquoi des personnes qui me ressemblaient par leur parcours et leur âge avaient choisi une voie qui me semblait très différente de la mienne.
Quelles sont tes principales références théoriques ? Comment mobilises-tu la notion de socialisation dans ta recherche ?
Dans mon travail de recherche, je m’appuie sur différents courants mobilisant le concept de socialisation de plusieurs façons. Ma première partie, d’inspiration bourdieusienne (Bourdieu, 1989), est centrée autour des concepts de structure, de hiérarchie et de trajectoire. J’y analyse comment les trajectoires sont influencées par les structures et les positions sociales des individus. Ma seconde partie propose une approche plus institutionnelle, dans la lignée des travaux de Muriel Darmon sur les classes préparatoires (elle-même s’appuyant sur Erving Goffman ; Darmon, 2013 ; Goffman, 1961). J’y interroge le rôle des institutions dans la transmission de certaines croyances et pratiques, ainsi que les formes que peut prendre cette transmission institutionnelle. Dans un troisième temps, j’ai développé ma propre approche théorique en mobilisant le concept de « rapport », afin de comprendre comment, à l’échelle individuelle, on peut s’approprier certains éléments de son environnement social. Ce faisant, je m’inspire de la sociologie dispositionnaliste de Bernard Lahire (Lahire, 2014).
Quels sont les principaux résultats de ton enquête ?
L’objectif était d’adopter trois focales différentes – du macro-social au micro-social – permettant d’analyser à plusieurs niveaux la socialisation professionnelle durant les études de finance.
Ces trois focales m’ont permis de dégager plusieurs résultats, dont trois principaux. Dans un premier temps, je montre que le positionnement social des étudiant·es à l’entrée des études articule à la fois les effets de leurs origines sociales, de leur capital scolaire et de leur genre. Cette combinaison influence fortement leur rapport aux études et les voies qu’ils et elles empruntent, d’abord au sein des hiérarchies très marquées des formations, puis dans l’emploi. Ensuite, je démontre que la socialisation institutionnelle durant les études de finance véhicule des normes comportementales et des savoirs pratiques et théoriques ayant en commun d’accroître la subordination des étudiant·es aux intérêts de leurs futurs employeurs. Les études de finance tendent ainsi à renforcer, voire à créer, chez leurs inscrit·es, des formes d’instrumentalisation du monde social au profit de l’activité professionnelle dans plusieurs domaines : leur rapport au temps, à la connaissance, à autrui, mais aussi à travers les savoirs financiers acquis. Enfin, je détaille comment ces différents éléments se traduisent dans la socialisation individuelle des étudiant·es et font naître divers rapports au travail, à l’argent et à la politique selon le parcours de l’enquêté·e et sa socialisation antérieure aux études.
Quelles sont tes recherches actuelles en lien avec la socialisation ?
Je souhaite poursuivre mon travail de recherche et continuer à mobiliser ces trois focales sur d’autres terrains d’enquête. J’aimerais, à terme, appliquer la méthode longitudinale d’enquête qualitative que j’ai utilisée pour les étudiant·es en finance à d’autres populations étudiantes, comme les lycéen·nes agricoles, les ingénieur·es ou les étudiant·es en médecine. Mais, en raison de l’instabilité des débuts de carrière dans la recherche – à laquelle je n’échappe pas – rien n’est encore défini. Je conserve néanmoins l’ambition d’appliquer ce que j’ai appris sur la socialisation à mes futurs terrains d’enquête, tels que la finance verte ou la socialisation professionnelle dans le travail de plateforme.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
RT50 Socialisations (30 octobre 2025). Portrait de jeune chercheuse : Lisa Laurence. Socialisations . Consulté le 15 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/152mi
