Soutenance de thèse – Laure Sève
Nous avons le plaisir de vous annoncer la soutenance de thèse de sociologie de Laure Sève. Elle est intitulée « “Être soi”. La construction sociale des individualités dans l’enfance ». Elle aura lieu le mardi 24 mars à 13h30, à Toulouse, dans la salle du Conseil de la Manufacture des tabacs. Vous y êtes chaleureusement convié·es, ainsi qu’à l’habituel pot de thèse qui suivra sur place.
Il sera également possible de suivre la soutenance à distance. À des fins d’organisation, merci de lui signaler via ce formulaire en ligne si vous pensez d’ores-et-déjà être présent·e sur place pour la soutenance et/ou pour le pot, ou si vous souhaitez recevoir le lien de visio-conférence.
Résumé : Cette thèse interroge la conception dominante de l’individualité, souvent présentée comme le fruit de l’épanouissement d’un « moi » inné et singulier, où la socialité ne joue qu’un rôle secondaire. Portée par la culture psychologique, cette vision se traduit aujourd’hui par une injonction pour les individus à « être soi » et pour les parents à aider leurs enfants à « devenir eux-mêmes ». Contre cette occultation du social et à partir d’entretiens menés auprès de parents et d’enfants de 32 familles d’origines sociales et géographiques contrastées, la thèse met en lumière la construction proprement sociale des individualités, y compris dans leurs dimensions les plus intimes. L’analyse s’organise autour de quatre dispositions clés : les dispositions à l’activité solitaire, à parler de soi, à se sentir singulier et à formuler un avis personnel. Chaque chapitre explore les pratiques parentales et leurs effets sur les enfants. Deux modèles contrastés émergent selon la classe sociale. Dans les milieux favorisés, les enfants apprennent à mener des activités solitaires, à identifier et valoriser leurs traits personnels et à attendre une reconnaissance de leur singularité. Les parents soutiennent leur « vie intime », les incitent à la réflexion sur eux et sollicitent leurs avis. Les enfants apparaissent alors disposés à « être eux-mêmes », autrement dit ils possèdent les dispositions qui leur permettent de revendiquer des caractéristiques individuelles, de les faire reconnaître par d’autres et d’en tirer des profits symboliques. Par comparaison, dans les classes populaires, les parents favorisent le bon déroulement du vivre ensemble et la gestion du quotidien plutôt que la prise en compte des caractéristiques individuelles de leurs enfants. Ils privilégient les activités collectives au sein des espaces de vie, mettent en valeur la bonne insertion des enfants au sein de leurs différents groupes d’appartenance et communiquent davantage de manière implicite, par le partage non verbal de positionnements et de goûts. Les enfants de ces milieux acquièrent alors une conception relationnelle de leur « moi », et valorisent la dimension collective de leurs expériences et l’insertion dans leurs groupes d’appartenance. Cette thèse démontre ainsi que la capacité à « être soi » est socialement différenciée. Les inégalités d’accès à cette injonction contemporaine reflètent les conditions sociales, culturelles et symboliques dans lesquelles grandissent les enfants, remettant ainsi en cause l’idée d’un « moi » inné et universel.
Jury :
Stéphane BONNÉRY – Professeur des universités, Université de Paris 8 Saint-Denis, ESCOL (rapporteur)
Christine DÉTREZ – Professeure des universités, École normale supérieure de Lyon, Centre Max Weber (rapportrice)
Marie-Clémence LE PAPE – Maîtresse de conférences, Université Lyon 2, Centre Max Weber (examinatrice)
Olivier MASCLET – Professeur des universités, Université de Limoges, GRESCO (examinateur)
Martine COURT – Maîtresse de conférences HDR, Université Clermont Auvergne, LAPSCO (directrice de thèse)
Christine MENNESSON – Professeure des universités, Institut d’études politiques de Toulouse, UTOPI (directrice de thèse)
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
RT50 Socialisations (8 mars 2026). Soutenance de thèse – Laure Sève. Socialisations . Consulté le 13 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15txh
